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  • Commémoration de la Shoah

    Le train surgit des ténèbres.

    Réveille-toi, citoyen capon !

    Dans la campagne endormie, la lune est blême ;

    Une colère froide blanchit sa figure ;

    Son rayon balaie des visages apeurés ;

    L’astre pénètre les wagons à bestiaux ;

    Il les accompagne à la nuit du tombeau ;

    L’innocence funèbre roule vers la mort.

     

    Une mélopée lugubre rythme le convoi ;

    La promiscuité d’un univers immonde

    Transforme l’individu en troupeau amorphe.

    Sous les roues, la ferraille entrechoque

    La résistance réfugiée dans la matière.

     

    Les enfants pendent aux basques de l’espoir ;

    Leurs pleurs les attachent à l’humain.

    Mais le destin suit un train d’enfer

    Leurs larmes n’éroderont point les cœurs de pierre.

     

    Le soleil découvre les étoiles jaunes.

    Les nuages peinent à cacher l’infâme ;

    L’éclair ne déchire pas l’ignominie ;

    L’orage ne frappe pas l’opprobre.

    La locomotive siffle la camarde

    Dans un désert d’humanité.

    L’imagination fertile conduit la haine ;

    Elle s’arrêtera à la solution finale.

     

    Les wagons vides repartent vers l’oubli.

    La bétaillère est derechef peuplée ;

    Des bêtes ont remplacé les boucs émissaires.

     

    Six millions ont fait le grand voyage ;

    Leur trajet a strié l’Humanité.

    David Frenkel