dfrenkel

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • A qui de droit

    Pourquoi parler du salut hitlérien ? Certes la liberté d'expression s'affranchit des contraintes dictées par une société bien-pensante. Toutefois, lorsque le sang de la Shoah coule encore dans les veines des petits-enfants, quand  le feu antisémite fait toujours tant ravages, pourquoi se référer à ce salut qui fut pour six millions de juifs la bétaillère d'un dernier voyage ? Et n'est-il pas inapproprié d'y  faire allusion lorsque des groupes terroristes en font de nos jours leurs cris de guerre ?
     
    Je dédie donc le poème qui suit aux personnes prêtant leurs écrits à la parole brute.  

    Le train surgit des ténèbres.

    Réveille-toi, citoyen capon !

    Dans la campagne endormie, la lune est blême ;

    Une colère froide blanchit sa figure ;

    Son rayon balaie des visages apeurés ;

    L’astre pénètre les wagons à bestiaux ;

    Il les accompagne à la nuit du tombeau ;

    L’innocence funèbre roule vers la mort.

     

    Une mélopée lugubre rythme le convoi ;

    La promiscuité d’un univers immonde

    Transforme l’individu en troupeau amorphe.

    Sous les roues, la ferraille entrechoque

    La résistance réfugiée dans la matière.

     

    Les enfants pendent aux basques de l’espoir ;

    Leurs pleurs les attachent à l’humain.

    Mais le destin suit un train d’enfer

    Leurs larmes n’éroderont point les cœurs de pierre.

     

    Le soleil découvre les étoiles jaunes.

    Les nuages peinent à cacher l’infâme ;

    L’éclair ne déchire pas l’ignominie ;

    L’orage ne frappe pas l’opprobre.

    La locomotive siffle la camarde

    Dans un désert d’humanité.

    L’imagination fertile conduit la haine ;

    Elle s’arrêtera à la solution finale.

     

    Les wagons vides repartent vers l’oubli.

    La bétaillère est derechef peuplée ;

    Des bêtes ont remplacé les boucs émissaires.

     

    Six millions ont fait le grand voyage ;

    Leur trajet a strié l’Humanité.

    David Frenkel